Il existe un paradoxe entre l'explosion de la communication, la capacité des individus à se coordonner et s'exprimer au travers du réseau internet, et la concentration des acteurs majeurs du réseau numérique. En nommant « vectorialisme » le type particulier de structure dominante qui se met en place autour des communications numériques, il s'agit de pointer son caractère particulier, différent des formes monopolistiques antérieures. Le vectorialisme est au carrefour d'une économie de médias (financement par un tiers, relation avec l'industrie de l'influence) et une économie de compteurs (capacité à conserver les usagers, par effet de réseau et tracer l'ensemble de leurs activités). Les sociétés issues directement du monde de l'internet, à l'image de Google, Yahoo ou Amazon, de l'informatique, tels Cisco ou Microsoft, que celles venues du monde des télécommunications, comme Orange, Verizon, SKT,... ou bien des médias à l'image de Fox News ou MSNBC, deviennent des vecteurs en s'étendant sur toute la chaîne de valeur. Ce faisant, les vecteurs rencontrent les activités de gestion des identités, et s'installent sur une sphère administrative et politique auparavant tenue par les divers pouvoirs publics, et développent une infrastructure de type industriel pour satisfaire leurs besoins de calcul. Prendre en compte dans toute ses dimensions cette forme d'entreprise majeure du « capitalisme cognitif » permet à la recherche d'éclairer la décision collective, et de pointer les formes spécifiques que va prendre la domination économique, mais aussi idéologique, culturelle et finalement politique des vecteurs. Ainsi que les mutation des droits du travail intellectuel, ou de la rémunération des activités de production immatérielle.

Hervé Le Crosnier
Université de Caen